Depuis le 26 février 2025, les puffs jetables ne peuvent plus être vendues en France. Une loi votée pour protéger la jeunesse et réduire les déchets plastique, qui a reconfiguré en profondeur le marché du vapotage. Pour les millions de consommateurs concernés, la question est simple : que reste-t-il comme option, et comment s’y retrouver ?

Ce que la loi a changé, et ce qu’elle a laissé intact

La loi du 24 février 2025 cible spécifiquement les dispositifs à usage unique : batterie non rechargeable, réservoir non remplaçable, tout à jeter après quelques centaines de bouffées. Ce format posait deux problèmes majeurs. D’un côté, un flux continu de déchets mêlant plastique et batterie au lithium, rarement orientés vers les points de collecte appropriés. De l’autre, une porte d’entrée vers la nicotine particulièrement séduisante pour les adolescents, du fait de son format discret et de ses arômes sucrés.

Ce qui reste autorisé, en revanche, ce sont les puffs rechargeables : batterie USB-C rechargeable, cartouche remplaçable, autonomie bien supérieure aux anciens modèles. La distinction légale repose entièrement sur la possibilité de recharger l’appareil plutôt que de le jeter intégralement.

Un marché qui s’est réorganisé rapidement

Avant l’interdiction, les puffs jetables représentaient environ 15 % des achats de produits de vapotage en France. Après leur disparition des rayons, environ 65 % de leurs utilisateurs ont migré vers un pod rechargeable ou un kit compact remplissable. Le marché global, lui, continue de croître : le secteur de la vape en France devrait atteindre 1,8 milliard d’euros en 2026, soit une progression de plus de 8 % par rapport à 2025.

L’argument économique joue aussi un rôle dans ce basculement. Une puff classique coûtait environ 8 euros pour 2 ml d’e-liquide. En passant à un système rechargeable, un flacon de 10 ml revient à environ 5,90 euros, soit un coût à la consommation trois fois inférieur. Sur une année, un vapoteur dépense en moyenne 720 euros, contre plus de 4 000 euros pour un fumeur d’un paquet par jour.

Pour ceux qui s’interrogent sur les tendances de consommation dans ce secteur, le mouvement vers les pods et systèmes fermés est net : ils représentent désormais 62 % des ventes de matériel en France.

Des risques qui ne disparaissent pas avec l’interdiction

L’interdiction des puffs jetables ne règle pas tout. Selon les données de Santé Publique France publiées en 2025, 7,9 % des 18-79 ans déclarent vapoter, dont la grande majorité sont des fumeurs ou ex-fumeurs. Mais chez les jeunes, le tableau est plus préoccupant : la puff a fonctionné comme vecteur d’initiation à la nicotine, avec des effets documentés sur le développement cérébral et la concentration chez les adolescents.

Depuis l’interdiction, une partie de ce public s’est tournée vers d’autres produits nicotiniques comme les sachets (pouches) ou les perles. Le problème de fond, celui de l’accès facilité des mineurs à la nicotine, reste donc entier malgré la disparition des rayons de la puff jetable.

Le cadre réglementaire continue d’évoluer. Des discussions autour d’une taxe sur les e-liquides et d’une possible restriction de la vente en ligne figuraient dans les projets budgétaires récents, sans qu’un calendrier définitif soit arrêté à ce jour. Le marché français de la vape, mature et structuré autour de 3 000 points de vente spécialisés, suit de près ces évolutions qui pourraient redessiner ses contours dans les prochains mois.